Des étudiants de l’ENSI font grève pour une affaire de népotisme

Des étudiants de l’ENSI font grève dans leur établissement depuis neuf jours pour «dégager» la professeur et directrice Mme Leila Azzouz Saidane. Les étudiants accusent la directrice de népotisme pour avoir intégré son fils d’une manière illégale, d’après leurs propos.

Dégage

Des étudiants de l’ENSI manifestant devant le rectorat à la Manouba, 11 mars 2014 (Crédit photo : Etudiants de l’ENSI)

Après avoir épuisé les «moyens réguliers» pour faire entendre leur voix, notamment auprès du chef du cabinet du ministère de l’enseignement supérieur M. Sofien Mansouri (islamiste d’Ennahdha emprisonné pour l’affaire de La nuit du congrès 1993), la mobilisation s’intensifie.

Dans cet entretien, l’un des étudiants de l’ENSI, M. Bassem Hamdi, répond à nos questions au sujet de la grève.

Interview par Lilia Weslaty

L.W – Des étudiants de l’ENSI font grève depuis le mercredi 5 mars, un jour après la nomination de la nouvelle directrice, pour “dégager” la professeur et directrice de votre école Leila Azzouz Saidane, pouvez-vous nous expliquer les raisons ?

B.H - Madame Leila Azzouz Saidane est une professeur dans notre établissement avant sa nomination en tant que directrice, elle a intégré son fils licencié de l’ISI Ariana (l’institut supérieur de l’informatique) d’une façon illégale et illégitime dans notre école de formation des ingénieurs.
Nous n’avons plus aucune confiance en cette enseignante qui s’est permis de faire rentrer un intrus chez nous et mettre en question notre diplôme d’ingénieur vis-à-vis des recruteurs ainsi que les écoles étrangères renommées avec lesquelles nous avons des coopérations.
Ce poste de directrice donnera à cette enseignante un pouvoir pour abuser encore plus en lui faisant gagner une marche dans l’échelle hiérarchique.

L.W – Vous dites que son fils a intégré l’école d’une manière illégale, expliquez cela ?

B.H - Selon la loi, l’accès à l’ENSI se fait par deux voies uniquement, soit le concours national d’accès aux écoles de formation des ingénieurs (pour les écoles préparatoires) soit par un concours spécifique donnant une faveur aux majeurs de promotion de quelques instituts (tels que l’ISI ou l’ISAMM).
Cet intrus, Selim Saidane fils de l’actuelle “directrice”, est licencié de l’institut supérieur de l’informatique de l’Ariana, ayant un classement très modeste, pour ne pas dire médiocre, pendant son cursus universitaire à l’ISI. Vous pouvez le voir sur relevé des notes des étudiants de l’ISI en première année au cycle de licence, cet étudiant est admis par compensation, c’est-à-dire qu’il a la moyenne mais n’a pas validé tous ses crédits !
En consultant le site du MES (Ministère de l’Enseignement Supérieur), nous avons vérifié que cet étudiant ne figure pas dans la liste des admis aux concours spécifiques 2013 pour l’accès à l’ENSI.
Une projection des faits sur la loi montre clairement que cet étudiant n’a aucun droit d’intégrer l’ENSI.

L.W – Avez-vous contacté le ministère de l’enseignement supérieur, avec une pétition, sans recourir à une grève pour ne pas bloquer les cours ?

B.H - Il faut préciser que cette grève était notre dernière solution. Nous avons bien avant tout ça contacté la direction générale des études technologiques (DGET) pour demander si cette situation est bien légale ou non, leur réponse était claire, cet étudiant n’est pas qualifié pour intégrer l’ENSI.
Ensuite tous les étudiants ont signé une pétition que nous avons donnée à l’ex-chef du cabinet du ministère de l’enseignement supérieur M. Sofien Mansouri pour demander d’investiguer sur cette affaire et de nous expliquer comment cela s’est passé, sur quelle base ou loi cet étudiant se retrouve aujourd’hui inscrit à l’école. Nous avons pris une décharge, des mois sont passés … et nous n’avons eu aucune réaction du ministère.

Le 26 février 2014 nous nous sommes déplacés en masse devant le MES vu que notre école est démunie de directeur et de directeur des études (tous deux démissionnaires) depuis quatre mois ce qui a isolé complètement notre école administrativement. Même les diplômes de la promotion 2013 ne sont pas encore délivrés, des bourses d’alternance à l’étranger non affectées pour les PFE (Projet de Fin d’Etudes), délibération des résultats semestriels…
Cinq parmi nous ont rencontré encore une fois l’ex-chef du cabinet M. Sofien Mansouri pour lui demander de nous désigner un directeur pour résoudre ces problèmes mais nous avons insisté sur le fait que nous refusons Madame Leila Azzouz Saidane, contre laquelle nous avons les réserves susmentionnées.
Le 4 Mars, un jour avant la grève, le MES nous a désigné une directrice, Madame Leila Azzouz Saidane…

L.W – Qu’attendez-vous exactement du ministère de l’enseignement supérieur ?

B.H - Nous avons quatre exigences inflexibles à aucune modération pour finir notre grève :

  • Une enquête sur l’admission du fils de la directrice.
  • Une rencontre avec le ministre.
  • Le licenciement de la directrice qui a recours à ce genre de pratiques.
  • Etablissement d’un dialogue autour des problèmes dans l’établissement.

L.W – Comment a commencé votre mobilisation et pourquoi a-t-elle soulevé autant le courroux des étudiants pour créer cette mobilisation ?

B.H - Notre établissement assure la meilleure formation d’ingénieur en informatique en Tunisie, il forme des étudiants qui ont excellé durant 15 ans dans leur cursus primaire, secondaire et préparatoire, loin de nos familles et dans des internats… Quinze ans qui nous ont marqués physiquement et moralement.
Après ces années marathoniennes, nous avons passé le concours national d’accès aux écoles d’ingénieurs qui était un épisode très épuisant, sans oublier nos camarades qui ont eu un souffle pour avoir des classements honorables pendant leur cycle au système LMD (Licence, Master, Doctorat) et ont été admis aux concours spécifiques.

Comment vous voulez que ces étudiants restent indifférents devant le cas de Selim Saidane, bénéficiaire d’une faveur génétique en étant le fils d’une professeur, qui a réduit tout ça en trois signatures demandées par sa mère?
Comment vous voulez que l’élite du pays demeure indifférente devant un comportement si bas, si humiliant et démuni de toute légalité et de légitimité?

Ne réalisant pas encore la gravité de la situation ainsi que de la face cachée de l’iceberg, nous avons tout d’abord contacté les enseignants de l’ENSI, notamment les membres du conseil scientifique (qui sont déjà au courant de tout) et nous avons, à double reprise, signé une pétition délivrée à l’administration et aux chefs des départements demandant des explications sur l’admission non-justifiée de cet intrus dans notre établissement. Souhaitant régler le problème et discuter nos demandes dans notre cuisine interne, nous n’avons pas trouvé échos auprès de nos enseignants ni de l’administration.

Nous avons ensuite contacté le ministère de l’enseignement supérieur comme expliqué précédemment mais bizarrement personne n’a accepté de réagir ou d’ouvrir ce dossier.
Le 5 Mars 2014, choqués par la nomination de Madame Leila Azzouz Saidane à la tête de notre établissement, tous les étudiants de l’ENSI ont décidé d’entamer une grève ouverte et un sit-in à l’école jusqu’à la satisfaction de nos quatre revendications susmentionnées.

Plus d’une semaine déjà passée, et pas la moindre réaction du ministère. Nous nous sommes entretenus une fois avec tous les enseignants y compris Madame Saidane, elle s’est défendue en disant que sa demande est légale prétendant que c’est une faveur donnée aux enseignants universitaires de demander l’admission de leurs enfants dans les établissements universitaires voulus!
La tension est montée chez quelques enseignants poussant quatre membres du conseil scientifique à le boycotter et se déplacer avec d’autres enseignants au ministère pour déposer une pétition et rencontrer les responsables.

La matinée du 12 Mars a été marquée par un incident suite au malaise subi par le délégué des étudiants de l’ENSI, ‘Haythem Temimi’, qui a perdu conscience dû à l’épuisement accumulé pendant ces huit jours du sit-in et juste après l’arrivée de la directrice qui s’est montrée jusqu’à maintenant impassible.
Nous estimons que cet incident, ainsi que tous ce qui toucherait les intérêts des étudiants, est la responsabilité de tous les intervenants dans cette affaire, essentiellement Madame Leila Azzouz Saidane.
Nous sommes l’élite et nous défendrons nos principes et notre code moral contre ces comportements bas et honteux qui mettent en question notre honneur ainsi que celui de notre école.

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